Le Maghreb de Gilles Proulx

Par défaut

Dans l’euphorie des fêtes de Noël et de fin d’année 2011 au cours desquelles les québécoises et les québécois se plaisent à échanger des cadeaux pour montrer leur amour, leur respect et leur gratitude, un ami québécois retraité,  ayant connaissance de mon goût pour la lecture, avait choisi de me proposer de lire « Le Maghreb de Gilles Proulx« .

C’est grâce à cet ami québécois que j’ai pu prendre connaissance du récit du voyage, dans les pays du Maghreb, de Gilles Proulx, le globe-trotter et journaliste québécois qui avait obtenu la nationalité honoraire du Maroc en 1996. Je me suis senti honoré par ce geste amicale et, tout naturellement, je ne pouvais qu’acquiescer surtout que le livre touche au Maghreb dont je suis originaire. 

Que pourrait dire du Maroc un québécois nommé citoyen honoraire du Maroc par le souverain Hassan II? Jusqu’à cette date, je ne connaissais pas ce journaliste québécois et, encore moins, son récit intitulé « Le Maghreb de Gilles Proulx’, édité en 2011, chez le plus important éditeur de récits de voyage au Québec (http://www.calepins-aventuriers.com/?id=197). C’est aussi le quatorzième livre de l’auteur.

En feuilletant ce livre, j’ai pu retenir que Gilles Proulx est un journaliste non-conformiste et qu’il s’est  vu octroyer la nationalité honoraire du Maroc. Cela m’avait donné le goût de lire le livre, du moins, le récit se rapportant au voyage de ce journaliste au Maroc. Trois choses ont retenu mon attention dans ce récit et je souhaite m’y attarder car le récit ne pouvait me laisser insensible.

La première chose touche au premier voyage de Gilles Proulx au Maroc. C’était en 1969, à quelques jours de Noël. Il y était accompagné d’une Acadienne nommée
Marie-Claire. Pendant leur passage dans la ville de Fès, ils rencontrèrent un jeune marocain qui les invita chez lui à un moment où ils été fauchés comme les
blés. Ils n’avaient presque pas d’argent sur eux et ils crevaient de faim qu’ils acceptèrent allégrement l’invitation du nouvel ami marocain, raconte le journaliste
dans son récit « Le Maghreb de Gilles Proulx ». Au cours du diner (souper en langage québécois), le jeune marocain leurs faisait part de ses déboires dans son pays et de son désir d’immigrer au Québec. Il en parlait comme si les rues du Québec sont pavés d’or, note le récit dans une impression de stupéfaction et d’impuissance.

Dans ce récit, je constate un contraste et une ironie du sort : deux jeunes québécois fauchés passaient le Noël au Maroc alors que le jeune marocain
qui, semble-t-il, travaillait comme guichetier pour l’autocar de Tanger, était malheureux dans son pays et  nourrissait le rêve d’immigrer au Québec.

C’était en 1969. Cela fait maintenant plus de quarante ans. Présentement, en ce début de 2012, vous ne pouvez mettre le pied dans le métro ou dans un
autobus de la grande métropole de Montréal sans courir la chance de tomber sur un marocain ou une marocaine. Je peux en attester car, moi même, je fais partie
de cette vaste communauté marocaine  installée à Montréal. Quel contraste et quelle ironie du sort!

Devenu une célébrité, Gilles Proulx, dans une journée des années quatre-vingt-dix, héla un taxi dans le quartier de Côte-des-Neiges à Montréal. Et une fois à bord, il se fit posé la question suivante par le conducteur du taxi : «Est-ce que vous vous souvenez de moi?». Après quelques hésitations, Giles Proulx reconnut l’homme qui l’avait invité chez lui, à Fès, au Maroc, le 31 décembre 1969. Quelle jolie histoire! Elle vient orner le récit du « Maghreb de Gilles Proulx ».

La deuxième chose qui avait retenu mon attention touche à l’histoire de la nationalité honoraire de Gilles Proulx. L’histoire revient à 1996 lorsqu’un certain Elias Malka alors directeur de la Chambre de Commerce Canada-Maroc lui demanda de venir animer, au Hilton Bonaventure, un gala réunissant les notables de la communauté marocaine de Montréal et du Québec. La soirée de gala avait été rehaussée par la présence de Pierre Bourque, maire de Montréal, Louise Arel, ministre de l’immigration, et de l’ambassadeur du Royaume du Maroc à Ottawa, Tajeddine Baddou.

En fin de cette soirée de gala, Gilles Proulx fut invité par Elias Malka à rejoindre la scène aux fins de lui rendre hommage publiquement pour son amour du Maroc. Il fût, en l’occurrence, nommé « Citoyen honoraire du Maroc au nom de Sa Majesté le roi Hassan II ». L’ambassadeur du Maroc et le directeur de la Chambre de Commerce de Canda-Maroc lui promirent alors de lui organiser une rencontre avec le souverain marocain Hassan II. Une promesse qui ne s’est jamais faite concrétisée. 

Plus tard, Gilles Proulx a appris par l’entremise de la presse que « Élias
Malka a été arrêté au Casino de Montréal pour tricherie et qu’on l’a flanqué en
prison avant de le déporter dans son royaume ». Depuis, Gilles Proulx commença
à réaliser que le certificat de citoyen honoraire du Maroc ne lui apporte pas
ce qu’il pourrait en espérer et il décida de le remettre aux Archives
nationales du Québec. Quelle triste histoire! Elle vient ternir le royaume d’Élias
Malka et ses compères. Elle nous donne une idée sur le profil et le sens de
responsabilité chez certains dignitaires.

La troisième chose qui a particulièrement attiré mon attention est la
carte du Maroc par laquelle les scandales risquent toujours de rejaillir à
cause du Sahara. Alors que le Maroc tient à l’intégrer le Sahara dans sa carte géographique
et à la considérer comme étant le Sahara Marocain, ses amis comme ses ennemis ne
se gênent pas de dissocier le Sahara du territoire marocain et de considérer ce
Sahara comme étant le Sahara occidental.

Gilles Proulx n’a pas fait exception à cet égard. Il a laissé faire
publier dans son récit une carte comportant un Sahara dit occidental dissocié
des territoires marocains. Il semble qu’Élias Malka et Tajeddine Baddou n’avaient
pas demandé à Gilles Proulx de reconnaitre la marocanité de ce Sahara lorsqu’ils
lui avaient octroyé la citoyenneté d’honneur du Maroc. Personnellement, je ne
peux espérer que Gilles Proulx soit plus chauviniste que l’ex-puissant ministre
de l’intérieur, Driss Basri, lorsque celui-ci affirma, un jour, dans son « exil »
en France, que les accords conclus entre le Maroc et les Nations Unies
utilisent le vocable de « Sahara Occidental » et non celui du «Sahara
Marocain».

Nul n’est donc tenu d’être plus royaliste que le roi. Surtout pas
Gilles Proulx. Celui-ci aime le Maroc et les marocaines. Pour lui, le Maroc est
Berlin de l’Ouest par rapport à l’Algérie de 1969.

«Le Maghreb de Gilles Proulx » mérite d’être lu. Je le recommande
d’abord et avant tout à tous les maghrébins et à toutes les magrébines du
Québec. Je le recommande également à toutes les québécoises et à tous les québécois
qui côtoient des marocaines et des marocains.

Publicités

3 réflexions sur “Le Maghreb de Gilles Proulx

  1. emmanuel de poorter

    bonjour – par hasard je rencontrais dans votre texte, lenom de l’aimable mr Malka. Vous savez, il y a une dixaine d’années, ce beau monsieur m’a volé quelque 230.000 USdollars, soit disant une courte emprunte, en faveur de sa majesté le nouveau roi, après le décès de son père. Malka m’avait été introduit par l’ex ambassadeur Hasnaoui, comme étant un monsieur honorable et riche. En effet plus tard j’ai apris au’il avait fait faillite, cela avec ce que vous écrivez aussi sur le casino. Il s’est passé en belgique qu’il empruntait mon argent, pour aller jouer au casino, et il avait « soit-disant » tout perdu (puisque cela n’a jamais été prouvé.
    il a été condamné pour escroquerie en belgique, et j’ai essayé de récupérer au Canada, mais le monsieur s’est protégé : quoiqu’il vit dans un appartement très beau et cher, tout appartient à ses enfants : personnellement, on le lui peut saisir quelque chose. Pour moi, cette histoire m’a vraimant signé, puisque j’avais moi même emprunté cet argent auprès de ma banque, et j’ai du tout repayer, avec beaucoup d’intérêts et frais juridiques en plus.

    Hélas, le beau monsieur vit heureusement au Canada.

    J'aime

  2. emmanuel de poorter

    rebonjour

    en effet, après cette histoire, et quelques recherches, j’étais tombé sur le maghreb observateur, et monsieur Khouibaba. Lui étant parfois à Bruxelles, il m’a prix un interview sut Malka, puisqu’il allait écrire un article sur tels fraudes. Aussi l’ambassadeur (ex) mr Hasnaoui était concerné. Après son article, il promettait de m’aider. Après quelque temps, il m’a contacté, disant qu’il ne pouvait plus rien faire, puisqu’il avait été menacé par « des personnes avec de l’influence »… Depuis, je n’entends plus rien, et je reste avec cette grande perte.
    Malka a su me convaincre, avec ses photos avec l’ancien roi marocain, et ses médailles d’honneur. Si au moins la cour marocaine pourrait lui condamner pour cela ?…

    au revoir

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s