Mes premiers souvenirs du Coran

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Dans mon enfance, le Coran était pour moi un mystère religieux obscur et inintelligible. Tout ce que j’en pouvais percevoir provenait de l’image qu’en projetaient mes parents et l’entourage de ma famille musulmane.
Ma mémoire de petit enfant retient encore quelques fragments de souvenirs sporadiques mais indélébiles de l’image du Coran projetée dans la vie des enfants par la force de transmission de l’héritage spirituel.
Dans mon imaginaire d’enfance, le Coran était un livre redoutable qui protège l’individu contre les méfaits du Satan et des génies. Il suffisait à la personne musulmane, par opposition au génie musulman, de réciter ou marmonner quelques versets de ce livre pour chasser les mauvais esprits et annihiler leurs pouvoirs malveillants.Le miraculeux pouvoir protecteur du Coran émanait d’Allah, le créateur de l’univers qui tient à protéger ses fidèles qui se soumettent inconditionnellement à son autorité.
Il va sans dire que les parents avaient la charge morale de transmettre la parole d’Allah à leurs enfants. La première place indiquée à cet effet était tout bonnement l’école coranique du quartier. Celle-ci était dirigée par un homme lettré qui devait connaitre tous les versets du Coran par cœur. Ce premier instituteur transmetteur de la connaissance coranique aux enfants du quartier était appelé le fkih; c’est-a-dire l’illuminé.
A l’époque, j’ai été parmi les chanceux à fréquenter l’école publique. De ce fait, j’ai été exempté de l’école coranique pendant la durée de l’enseignement publique. Une fois l’année scolaire terminée, les vacances d’été s’en viennent offrant à mes parents l’opportunité de m’envoyer à l’école coranique pour y apprendre le Coran par cœur.
De mon côté, je trouvais que l’école coranique était vraiment un nouveau monde à découvrir. Cependant, mon enthousiasme et ma motivation n’ont pas fait long feu; et ce pour deux raisons essentielles : d’abord, il était hors de mes capacités d’apprendre de longs passages du Coran par cœur alors que je n’en comprenais ni le sens ni le vocabulaire. Ensuite, la calligraphie des lettres arabes que nous transcrivait le fkih sur des planches en bois n’était pas toujours conforme à celle que j’apprenais à l’école à travers les livres et les manuels scolaires.
Il y avait une dichotomie et j’ai été déroutée. Ma défaillance à apprendre le Coran par cœur a été aggravée par la difficulté à faire le rapprochement entre les lettres du fkih et les lettres de l’école publique. C’était là le premier choc qui avait marqué ma mémoire lors du processus d’apprentissage du Coran. Plus tard, devenu un jeune adolescent, un bilingue en herbe, je suis tombée par hasard sur un livre du Coran traduit en français.
En lisant de petites sourates du Coran, je me suis rendu compte que je commençais à mieux comprendre le Coran en français qu’en arabe. C’était une première grande surprise intellectuelle pour moi. Depuis, la langue française a commencé à occuper une place plus prépondérante dans le processus de mon bilinguisme mettant aux prises l’arabe et le français. Ces deux langues reflètent deux mondes différents, deux manières de pensées distinctes et deux civilisations divergentes.
En multipliant mes lectures en langues française, je suis tombée un jour sur un livre intitulé « La pensée arabe« . En le lisant, j’ai compris que ce livre abordait l’histoire de l’islam sous un angle différent de celui que la tradition musulmane inculquait à ses adeptes. Conscient de la gravité de la situation dans laquelle je risquais de me mettre en assimilant le contenu de ce livre, j’ai décidé de ne pas lire ce document. C’était une partie remise.

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