Le mythe généalogique des arabes

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La Bible et le Coran entretiennent des versions différentes au sujet du mythe de la généalogie des arabes. Selon ce mythe, Abraham s’érige en tant que grand-père commun des peuples arabes et du peuple d’Israël alors qu’Ismaël s’érige en ancêtre des peuples arabes.

Comme le diable se trouve dans les détails, le Coran et la Bible présentent différemment les parcours d’Abraham et d’Ismaël. Les divergences flagrantes entre la version coranique et la version biblique au sujet de ces deux personnages suscite des interrogations tant sur le mythe de la relation parentale entre Abraham et Ismaël que sur celui des relations parentales d’Abraham avec d’autres personnages bibliques comme Lot, Isaac, Jacob, Ésaü et Madian.

Cette démarche d’investigation exigera un retour sur les relations parentales établies dans le roman biblique entre Abraham et les différents membres de sa famille avant de se consacrer à l’usage qui en a été fait. C’est un périple qui nous amènera tout d’abord à planter le décor avant d’avancer dans l’effort d’investigation.

Historiquement parlant, les hébreux et les arabes des temps immémoriaux avaient mené ensemble une vie de nomades dans le grand désert qui s’étend de la Mésopotamie à la péninsule de Sinaï en passant par l’Arabie septentrionale et le désert du Néguev. La Bible consigne les réminiscences immémoriales de cette relation ancrée dans la protohistoire entre hébreux et arabes dans un style épique qui fait l’apologie tant du « Dieu d’Israël » que du « peuple d’Israël » et de « la terre promise aux fils d’Israël ».

CarteAbraham_3

le grand désert reliant l’Arabie à la Mésopotamie et au désert du Néguev

Dans cette perspective, la Bible met en exergue non seulement l’histoire du peuple d’Israël mais également des évènements pertinents dans l’histoire des peuples limitrophes. Cela revient à dire que la Bible décrit l’histoire des arabes et des autres peuples qui s’animent dans le décor du récit biblique en fonction du point de vue des hébreux et de leurs desseins tant théologiques qu’idéologiques.

La Bible a ainsi tramé l’histoire du peuple d’Israël sous forme d’un long roman dont les premières scènes mettent en relief l’histoire d’Abraham qui s’érige dans l’Ancien Testament en prophète du Dieu et patriarche fondateur de la tradition abrahamique. Abraham est également érigé en ami de Dieu tant dans le Nouveau Testament que dans le Coran.

« Abraham eut foi en Dieu, et cela lui fut compté comme justice, et il fut appelé ami de Dieu. » [Jacques : II, 23]

D’emblée, dans son jeu d’art rédactionnel maniant nœud, suspens et dénouement, la Bible nous révèle que Dieu avait promis à Abraham de rendre son nom grand et de faire de lui un père d’une grande nation alors qu’Abraham était, en ce moment-là, un homme vieux, âgé de soixante-quinze ans, sans enfants et marié à une femme stérile. Sur le coup, la Bible nous livre des signes prémonitoires augurant le verdict que Dieu prononcerait dans l’avenir à l’égard des amis et des ennemis d’Abraham lorsqu’elle nous apprend que Dieu avait promis à « son prophète » de bénir ceux qui le bénissent et de maudire ceux qui appellent le mal sur lui.

« Oui, je bénirai ceux qui te bénissent, et qui appelle le mal sur toi, je le maudirai, et par ton moyen se béniront à coup sûr toutes les familles du sol. » [Genèse : XII,3]

Dès lors, les relations de paix ou de guerre, d’amitié ou d’inimitié, de proximité ou d’éloignement, entre le peuple d’Israël et les autres peuples seront présagées en fonction de la relation que la Bible établirait entre les ancêtres éponymes des peuples en question et le patriarche Abraham.
Dans ce décor de départ, la Bible va tout d’abord départager les ancêtres des peuples anciens en deux catégories : les sémites et les non-sémites. Elle va ensuite élire Abraham parmi les sémites et lui conférer, pour le distinguer, une bénédiction dont il se montrera digne lors de son long périple dans les pays où il résidera en tant qu’étranger. C’est à travers Abraham que la Bible va départager les sémites en deux catégories : Ceux qui sont de la famille d’Abraham et ceux qui ne le sont pas.
Elle va, ensuite, départager les membres de famille d’Abraham en deux catégories : Lot, le neveu d’Abraham par opposition aux fils d’Abraham. Elle va, encore une fois, faire une distinction entre les fils d’Abraham en départageant ces derniers en deux catégories : les fils nés d’une femme libre et les fils nés d’une femme esclave. Elle va, enfin, établir une distinction entre les fils et les petits fils d’Abraham en fonction de la nature de leurs métiers et de l’origine ethnique de leurs épouses.

Dans cette démarche d’investigation dans la Bible, un détour autour d’un mythe de taille s’impose. Il s’agit du mythe biblique qui départage les êtres humains entre deux races: les sémites et les non-sémites. C’est la tâche à laquelle s’attèlera le prochain article.

 

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