LE MYTHE DU JARDIN D’ÉDEN (2)

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La Genèse fait de la parole divine le moyen magique utilisé par Dieu dans le processus de création de l’univers. Autrement dit, la Genèse nous laisse entendre que le pouvoir de création du démiurge biblique est verbal et non pas physique puisque Dieu se contente de donner l’ordre de création à la chose et la chose se fit créer comme on peut le constater dans le verset 3 du premier chapitre dans lequel il est dit : « Et Dieu dit alors : « Que la lumière paraisse. » Alors la lumière parut ».L’effort intellectuel fourni par Dieu dans le processus de création de l’univers en six jours, au moyen de la parole divine, devrait dégager une image d’un démiurge puissant, fort, infatigable et exempt des faiblesses humaines. Mais, contrairement à toute attente, la Bible s’empressera de dégager une image d’un Dieu biblique qui ressent la fatigue au même titre que les êtres humains et qui, de surcroit, se donne une journée de repos par semaine. Ainsi, les versets 2 et 3 du chapitre II de la Genèse nous annoncent, sans trop tarder, que le démiurge « s’est mis à se reposer le septième jour de tout son œuvre qu’il avait faite » et qu’il « s’est mis à bénir le septième jour et à le rendre sacré ».En procédant de la sorte, la Bible entend nous faire comprendre que Dieu avait décrété le sabbat au moment où il s’apprêtait à planter le Jardin d’Éden et que la loi du sabbat devait être appliquée à Adam que Dieu avait installé dans le Jardin d’Éden. Mais, semble-t-il, Adam aurait dû être expulsé du Jardin d’Éden en moins d’une semaine après la création de l’univers échappant ainsi à l’obligation d’observer le sabbat en vertu de la loi divine décrété au septième jour de la création de l’univers.Visiblement, les auteurs de la Bible nous donnent l’impression qu’ils avaient sciemment éclipsé la sacralité du sabbat et recalé son observance chez toutes les figures bibliques durant la période allant de la création d’Adam jusqu’à l’avènement de l’Exode et l’arrivée du peuple d’Israël à la péninsule de Sinaï. Dans ce décor du contexte biblique, il y a lieu de se demander pourquoi Dieu n’a-t-il pas fait appliquer sa loi sabbatique à Adam et aux figures bibliques ayant jalonné les récits bibliques couvrant la période allant de l’époque d’Adam jusqu’à l’avènement de l’Exode. La réponse à cette question se trouve tout bonnement dans le fond de la pensée idéologique de la Bible qui entend faire du Jardin d’Éden la Terre promise et le lieu indiqué pour la mise en œuvre des lois, des prescriptions, des ordonnances et des commandements émanant du Dieu aux israélites dans le cadre d’une alliance conclue entre Dieu et le peuple d’Israël.

En d’autres termes, le fond de la pensée biblique considère le Jardin d’Éden comme étant la juridiction divine au sein de laquelle la loi divine a été édictée et dans la circonscription de laquelle la loi divine doit être appliquée au peuple d’Israël dans le cadre d’une alliance alliant Dieu à son peuple. C’est finalement le livre de l’Exode qui va faire sortir la loi primordiale du sabbat de l’oubli et de la désuétude pour la faire imposer progressivement aux fils d’Israël dès leur entrée dans les limites territoriales méridionales du Dieu de Moïse.

La première étape sera entamée au désert de Sîn qui est situé entre Élim et Sinaï. Les fils d’Israël y arrivèrent après une traversée de quarante-cinq jours dans le désert. Le lieu est très symbolique car il nous rappelle le mont Sinaï dans lequel Dieu s’est manifesté pour la première fois à Moïse sous forme d’un buisson ardent. En choisissant la région de Sinaï pour faire respecter l’observation du sabbat aux fils d’Israël la Bible semble nous indiquer que la prescription du sabbat que Dieu a instituée au lendemain de la création de l’univers devait s’appliquer à son peuple dès son entrée dans les limites territoriales méridionale du Jardin d’Éden.

C’est en en recourant à la création du mythe de la manne dans le désert du Sîn que le chapitre XVI de l’Exode tentera de justifier l’observation et le respect de la loi du sabbat. À travers ce mythe la Bible fait venir Dieu au secours des fils d’Israël qui commençaient à se plaindre du manque de la nourriture dans le désert. Le Dieu compatissant fit tomber quotidiennement des cieux le pain et la viande que les israélites devaient ramasser chacun en fonction des besoins de sa famille.

Selon ce mythe, il était inutile de ramasser au-delà des besoins quotidiens de chaque maisonnée car personne ne manquait de la nourriture et, mieux encore, ceux qui en ramassaient trop perdirent le surplus le lendemain. Seul le sabbat apportait une exception à cette règle étant donné que la prescription du sabbat a pour corollaire l’observation impérative du repos et l’interdiction de ramasser la manne pendant cette journée sacrée. De ce fait, le Dieu biblique autorisa les fils d’Israël à ramasser une double portion de la manne au sixième jour afin de conserver la portion supplémentaire pour le jour du sabbat.

Comme il y a toujours des gens qui mettent Dieu à l’épreuve, les auteurs du mythe de la manne ne manqueront pas de signaler qu’il y avait des réfractaires qui sont sortis au septième jour pour cueillir la manne mais ils n’en avaient pas trouvé étant donné que c’est Dieu qui en a voulu ainsi. Les auteurs de l’Exode se sont également servis de ce subterfuge pour nous faire valoir la première réaction de Dieu à l’encontre de la transgression de sa loi sabbatique qu’il tentait à imposer pour la première fois au peuple d’Israël. Les versets 28 et 29 du chapitre XVI de l’Exode nous dévoilent ainsi un Dieu en colère non seulement contre les réfractaires mais également contre Moïse et l’ensemble du peuple auxquels il s’adresse en ces termes :

« Jusqu’à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois? Rendez-vous compte que Jéhovah vous a donné le sabbat. C’est pourquoi il vous donne, au sixième jour, le pain de deux jours. Restez chacun à sa place. Que personne ne bouge de l’endroit où il est au septième jour. »

Corrélativement, « le peuple se mit à observer le sabbat le septième jour » et Dieu continua à fournir la manne jusqu’à l’arrivée des fils d’Israël à la frontière du pays de Canaan après une période de quarante années d’errance dans le désert de la péninsule de Sinaï. C’est ce que nous indiquent les versets subséquents du chapitre XVI de l’Exode.

À SUIVRE…

 

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