Le Mythe du Jardin d’Éden (5)

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« Oui, je fixerai ta frontière depuis la mer Rouge jusqu’à la mer des Philistins, et depuis le désert jusqu’au Fleuve ; car je livrerai en votre main les habitants du pays, et, à coup sûr, tu les chasseras de devant toi. » (L’Exode: XXIII, 31)

Il ressort de cette parole divine que le royaume du Dieu s’étend de la péninsule de Sinaï au Sud, du littoral méditerranéen à l’Ouest jusqu’au Fleuve. Mais, le verset en question reste ambigu et astucieux puisqu’il s’abstient sciemment de nommer le fleuve en question. S’agit-il de l’Euphrate, du Jourdain, de ouadi d’Égypte, ou bien d’un tout autre fleuve.

Nous remarquerons, d’emblée, que les limites territoriales de ce royaume, d’un côté, et les peuples qui habitaient dans ces territoires, d’un autre côté, sont définies plus ou moins différemment par le Dieu d’Israël en fonction de la tête de son interlocuteur et du contexte situationnel comme nous pouvons le constater dans les versets bibliques cités ci-après en rapport avec Josué, Salomon et Abraham.

  • Josué : I, 3-4.

« Tout ce que foulera la plante de votre pied, je vous le donnerai à coup sûr, comme je l’ai promis à Moïse. Depuis le désert et le Liban que voici jusqu’au grand fleuve, le fleuve de l’Euphrate, c’est-à-dire tout le pays des Hittites, et jusqu’à la Grande Mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. 

  • 1 Rois : IV, 21.

« Quant à Salomon, il était chef sur tous les royaumes depuis le Fleuve jusqu’au pays des Philistins et jusqu’à la frontière d’Égypte. »

  • Genèse : XV, 18 à 21.

« En ce jour-là, Jéhovah conclut avec Abraham une alliance en disant : « À ta semence je donnerai vraiment ce pays, du fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate : les Qénites, les Qenizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm, les Amorites, les Cananéens, les Guirgashites et les Yebousites. » »

Dans les situations impliquant Abraham et Salomon, nous constatons à travers la lecture des versets cités plus haut que les limites optimales de ce pays convoités par Dieu s’étendaient de l’Euphrate au Nord-Est au Nil au Sud-Ouest. Cette coïncidence s’explique par le fait que les auteurs de la Thorah avaient vécu après la période du royaume uni de Salomon et qu’ils avaient constaté que les limites d’influence maximales du royaume israélites, au temps de Salomon, atteignirent à peine les environs de l’Euphrate au Nord-Est et les environs du Nil au Sud-Ouest.

C’est la raison pour laquelle, les auteurs de la Genèse ont mis en avant la scène biblique élaboré dans les versets 18 à 21 du chapitre XV de la Genèse dans laquelle Dieu promet à Abraham de donner en héritage à sa semence «ce pays, du fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve de l’Euphrate» dont les limites territoriales atteignirent leur paroxysme au temps de Salomon, à en croire les récits bibliques qui tentent de faire étendre le rayonnement du roi Salomon jusqu’au royaume de Sheba, au sud de la péninsule arabique.

 Maintenant que nous nous sommes fait une bonne idée tant de l’emplacement que de l’étendue du territoire de la terre promise, nous allons être surpris de constater que l’emplacement et l’étendue de Éden correspondent parfaitement à ceux de la terre promise dans ces limites optimales et que l’emplacement et l’étendue du Jardin d’Éden correspondent parfaitement à ceux de la terre promise dans ses limites minimales.

 

À SUIVRE…

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MOÏSE ET LE JARDIN D’ÉDEN (1/4)

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La Torah ouvre le bal avec le mythe du Jardin d’Éden qui débouche, à son tour, sur le mythe de « la Terre promise » et qui aboutit par la suite à l’épopée de l’exode et à la conquête du « Jardin d’Éden ».

Le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise » se confondent et se révèlent donc au cœur même de la Torah tout en demeurant intimement liés au destin et au salut des fils d’Israël dans le cadre du mythe d’une alliance qui fait du peuple élu l’armée terrestre du Dieu d’Israël en juxtaposition avec l’armée céleste du Dieu.

La sortie des fils d’Israël de l’Égypte vers la « Jardin d’Éden » a servi de prétexte à la tradition israélite pour attribuer à Moïse la paternité la Torah qui laisse entrevoir des liens mystérieux entre le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise ». En fait, les liens entre ces deux mythes bibliques ne sont perceptibles qu’à travers une lecture minutieuse des livres de la Torah qui mettent en avant la scène du Jardin d’Éden pour passer, par la suite, de l’épisode des patriarches transmetteurs du mythe de l’héritage de la terre promise à l’épisode de la constitution d’une armée de Dieu qui vise la récupération de « la Terre promise » renaissant des cendres du Jardin d’Éden.

Pour mieux dissiper les camouflages des textes bibliques et se donner les moyens d’élucider les talismans du hiatus intercalé entre le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise » dans la Torah, nous nous proposons de situer l’épisode de l’exode du peuple d’Israël dans son contexte historique et géopolitique. Cette démarche nous permettra de trouver une plateforme commune qui situerait aussi bien le Jardin d’Éden que la Terre promise et l’exode du peuple d’Israël dans un même espace géographique.

Historiquement parlant, l’immigration des fils d’Israël en Égypte s’inscrivait dans le cadre de l’invasion de l’Égypte, au cours du XVIIIème siècle avant Jésus Christ, par les Koushites communément connus sous le nom des Hyksos ou des Rois-pasteurs ou encore les Orientaux originaires de l’Asie occidentale. Les Hyksos sont des orientaux qui « se sont concentrés dans leur majorité, dès la plus haute antiquité, sur la rive occidentale et méridionale du golfe persique ». Ces orientaux constitués d’un groupement hétérogène de peuplades nomades se sont dirigés de l’Orient vers l’Ouest à destination de l’Égypte ruinant ainsi tous les pays qui se trouvaient sur leur chemin. Ils ont ainsi occupé la Syrie et le pays de Canaan au moment où l’Égypte sombrait dans le chaos de la guerre civile. Les auteurs du livre intitulé « Les Guerres Bibliques » nous apprennent, de leur côté, que « Les Hyksos avaient conquis l’Égypte en employant pour la première fois et sur une grande échelle le char de combat. »

Dans leurs souvenirs, les égyptiens gardaient des Hyksos l’image de peuplades nomades qu’ils qualifiaient de « barbares », de « voleurs » et de « pillards » aussi nombreux que les sauterelles. Nous aurons l’occasion d’évoquer la notion de l’Orient et des Orientaux en rapport avec le mythe du Jardin d’Éden et celui de la Terre promise. Mais retenons pour le moment que l’image peu reluisante que se faisaient les égyptiens des Hyksos venant de l’Orient est, curieusement, la même image que se feraient les fils d’Israël des orientaux qui les attaquèrent aux temps de Juges.

En maintenant la pression sur l’Égypte, les Hyksos finirent par envahir la Basse-Égypte et élire Memphis comme capitale à l’entrée stratégique du Delta du Nil. Cependant, comme le note Gaston Maspero, les Hyksos devaient faire face, d’un côté, aux conquérants élamites de la Chaldée et aux convoitises des Cananéens stationnées en Syrie au nord du Delta du Nil et, d’un autre côté, aux princes du royaume de Thèbes qui ont organisé la résistance au Sud de Égypte.

Les Élamites et les Cananéens cités par Gaston Maspero dans ce conflit géopolitique de la haute antiquité entre l’Orient et l’Occident du monde antique présentent un intérêt qui ne manque pas d’importance pour notre exploration des mythes fondateurs du Jardin d’Éden et de la Terre promise. Dans cette perspective, nous aurons l’occasion d’évoquer Élam dans le cadre de la guerre des neufs rois au cours de laquelle le patriarche Abrahama joué un rôle héroïque qui lui a valu la bénédiction de Melchisédech, le roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut. Abraham y aurait joué le rôle d’un allié aux Hyksos contre les cananéens et les Élamites au cours de cette période de l’histoire de la haute antiquité.

De leur côté, les Hyksos ont favorisé l’immigration des sémites au pays de Canaan et en Égypte pour maintenir et renforcer leur pouvoir sur l’ensemble des territoires conquis. Les auteurs du livre intitulé « Les Guerres Bibliques » nous apprennent à cet effet que :

« Pour conserver leur emprise aussi bien sur l’Égypte que sur la zone de passage de la Palestine qui leur permettait le contact avec leurs cousins de la Syrie et de l’Asie Mineure, ils encouragèrent l’implantation des dits peuples cousins à la fois en Égypte et en Palestine. »

À SUIVRE ….

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