Portrait du Coran dans la Tradition musulmane

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Mohamed Filali SadkiLa tradition musulmane divise habituellement le Coran en deux parties : le Coran mecquois et le Coran médinois. Selon l’exégèse musulmane, le Coran mecquois a été révélé au prophète Mahomet, à La Mecque, pendant une période d’une dizaine d’années allant environ de l’an 612 à 622 de l’ère chrétienne. Les hagiographes musulmans s’accordent à dire que les mecquois trouvèrent la prédication coranique pernicieuse, provocatrice, intransigeante et subversive au point qu’ils décidèrent de boycotter Mahomet, de dissuader ses disciples et d’infliger le châtiment corporel à certains de leurs esclaves qui se sont ostentatoirement ralliés à Mahomet.

Au terme de cette période de formation de leur mouvance religieuse, les mahométans entamèrent leur exode pour aller se réfugier en Médine où ils sont accueillis et pris en charge par leurs supporters acquis à la cause coranique. Ces derniers partagèrent avec les réfugiés mahométans leurs maisons, leurs vivres et voire même leurs femmes. La tradition musulmane rapporte à cet effet qu’un certain supporter nommé Saâd fils de Rabie avait concédé l’une de ses deux femmes à son hôte mecquois nommé Abderrahmane fils de ‘Aouf[1].

Aux dires des hagiographes et des exégètes musulmans, les révélations coraniques faites au prophète Mohamed à partir de la période de l’exode se révélèrent d’une tout autre facture que celles qui lui ont été révélées à La Mecque.

Les révélations mecquoises étaient d’une contexture relativement très courte, d’une stylistique poétiquement bien rythmée, et d’un contenu prêchant un monothéisme pur, invitant à la méditation et à la spiritualité, inspirant la confiance en Dieu, incitant à la recherche de la protection divine, annonçant le paradis et l’enfer, mettant en avant un discours eschatologique annonçant l’enfer et le paradis, envisageant l’imminence de la fin des temps, et affichant à contre-cœur une tolérance au syncrétisme religieux.

Concomitamment, certaines Sourates mecquoises se démarquent parfois du lot en se permettant d’insulter certains détracteurs, qualifiant ainsi l’un de bâtard (زنيم), l’autre de « sans progéniture » (أبثر), et appelant le mal sur un autre personnage nommément désigné dans la fameuse Sourate CXI formées de cinq versets que nous reproduisons ci-après aux fins d’illustration :

« Que les mains d’Abù Lahab périssent et qu’il périsse lui-même.
Sa richesse et ses œuvres ne lui serviront à rien.
Il sera brûlé dans un feu plein de flammes.
[Il en sera] de même [pour] sa femme, porteuse de bois,
avec à son coup une corde de fibres. »

Paradoxalement, les révélations médinoises se montrèrent d’une fibre plus longue et d’une teneur stylistique moins poétique et moins artistique. Ainsi, la Sourate II, qui comporte 286 versets, est 57 fois plus grande que la Sourate CXI susmentionnée.

S’agissant du contenu, les révélations médinoises sont clairement légiférantes et ouvertement polémiques, belliqueuses et hégémoniques ; elles incitent, entre autres, à la guerre sainte, à la conquête et à la rapine ; et elles tolèrent en plus le mariage des filles impubères ainsi que l’esclavage sexuel.

Dans cette masse de révélations dites médinoises, le prophète Mahomet qui s’affichait dans l’Hagiographie de la période mecquoise en un simple messager de Dieu devient progressivement un personnage redoutablement puissant et éminemment sacré au point de nous donner l’impression qu’il contournait certaines coutumes et lois divines, et que, pour comble, Dieu lui-même s’empresse de le défendre et de répondre à ses désirs et à ses passions.

Étrangement, la tradition musulmane nous rapporte que le quinquagénaire Mahomet maria une fille de neuf ans; et, contrairement aux dispositions coraniques qui limitent la polygamie à quatre femmes, nous trouvons que la même tradition musulmane nous enseigne que le prophète en avait neuf et non pas quatre, sans compter les concubines. D’autant plus, le verset 37 de la Sourate XXXII nous révèle, selon l’exégèse musulmane, que c’est Dieu lui-même qui marie Mahomet à la femme de son fils adoptif Zaïd, en disant en substance :

« Puis quand Zaïd eût cessé toute relation avec elle (Il l’a divorcé), Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement d’Allah doit être exécuté. »

De même l’exégèse musulmane nous enseigne que c’est Dieu lui-même qui parle — dans le verset 50 de la même Sourate — au prophète Mahomet pour lui donner l’exclusivité de prendre possession de toute femme croyante qui s’offre à lui de son propre chef. La teneur du verset 50 semble être convaincante à cet égard surtout qu’elle exprime une parole coranique directement adressée au prophète en disant :

« Ô Prophète! Nous t’avons rendu licite tes épouses à qui tu as donné leur dot, ce que tu as possédé légalement parmi les captives (ou esclaves) qu’Allah t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de tes tantes paternelles, les filles de ton oncle maternel, et les filles de tes tantes maternelles – celles qui avaient émigré en ta compagnie – ainsi que toute femme croyante si elle fait don de sa personne au Prophète, pourvu que le Prophète consente à se marier avec elle : c’est là un privilège pour toi, à l’exclusion des autres croyants. Nous savons certes, ce que nous leur avons imposé au sujet de leurs épouses et des esclaves qu’ils possèdent, afin qu’il n’y eût donc point de blâme contre toi. Allah est Pardonneur et Très Miséricordieux. »

Selon toute vraisemblance, les Sourates mecquoises et les Sourates Médinoises sont diamétralement distinctes les unes des autres. À première vue, la tradition et l’exégèse musulmanes semblent nous donner l’impression qu’elles maîtrisent bien leur matière et qu’elles connaissent bien quelles sont les Sourates mecquoises et quelles sont les Sourates médinoises.

À l’œil nu, les hagiographes et les exégètes de la première heure nous donnent l’impression qu’ils connaissent les moindres détails de la vie du prophète Mahomet et de ses compagnons et qu’ils connaissent mieux que quiconque le Coran et l’historique du Coran.

Selon, les récits de la tradition musulmane, le prophète Mohamed avait discrètement fui La Mecque pour aller s’installer en Médine; il avait perdu Khadija, sa femme unique, quelques années avant l’exode; et il était à peine lié à une autre femme dont le nom est Saouda, à en croire à la tradition islamique.

Or, la teneur du verset 50 susmentionné semble s’opposer diamétralement à la version de la tradition musulmane puisqu’elle nous laisse comprendre que le prophète avait bel et bien été marié à plusieurs femmes avant son émigration et que ces dernières avaient émigré en même temps que lui.

Curieusement encore, le verset 50 de la Sourate XXXIII nous laisse entendre que le prophète était illicitement lié à ses femmes et que Dieu est intervenu pour rendre licite ses unions avec ses femmes, ce qui semble complètement absurde. Examiné sous un autre angle, il y a lieu de se demander si le verset en question s’adresse uniquement au prophète Mahomet ou s’il s’adresse à l’ensemble des mahométans à travers la parole coranique du verset 50 en question.

Enfin, comme nous pouvons le constater, le verset 50 de la Sourate XXXIII est très long et il comporte, à ce titre, plusieurs enseignements coraniques au point de créer de la confusion dans l’esprit du lecteur. Dans cette foulée, il y a lieu de se demander si le prophète auquel s’adresse la parole coranique est bel et bien le prophète Mahomet ou bien un autre prophète, ou plus précisément de deux autres prophètes !! Ne s’agit-il pas d’un prophète évoqué au début du verset et d’un second prophète évoqué au milieu du même verset?

Il y a lieu de se poser des questions, surtout lorsqu’on apprend que les divergences entre les exégètes et les versions rapportées de la tradition musulmane sont aussi étranges que variées qu’elles suscitent des questions et inspirent le doute ! Pour être plus clair, l’exégèse coranique nous révèle que les divergences entre les exégètes musulmans portent sur l’inteprétation du vocabulaire coranique, sur la division du Coran en Sourates mecquoises et Sourates médinoises comme elles portent sur la teneur des récits fournis pour étayer leur exégèse.

[1] Cf. Sahih Al-Boukhari, livre des mérites des Supporters, Damas, Éditions Ibn Kathir, 1ère édition, p. 63.

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