Le Mythe du Jardin d’Éden (4)

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La troisième étape dans la mise en œuvre de la loi sabbatique sera entamée à l’arrivée des fils d’Israël au désert de Sinaï après trois mois de traversée dans le désert. Le récit biblique semble nous y présenter l’image d’un Dieu souverain dans son fief. Dieu y reçoit Moïse dans une proximité qui nous rappelle les liens rapprochés que le Dieu du Jardin d’Éden entreprenait avec Adam au paradis primordial avec une différence de taille : Adam a été chargé de s’occuper du Jardin d’Éden et de le cultiver alors que Moïse est chargé de faire les guerres du Dieu pour le trône du Dieu. De même, et toute proportion gardée, Dieu y conclue avec Moïse et le peuple d’Israël une alliance qui nous rappelle l’alliance qu’il avait conclue avec Adam dans le Jardin d’Éden.Dans le Jardin primordial, Dieu a conclu une alliance avec Adam donnant à ce dernier la jouissance du Jardin d’Éden et la latitude de se nourrir de l’arbre de vie sous la condition résolutoire de ne pas manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Au Sinaï, cependant, Dieu se manifesta en apothéose dans la montagne fumante en y arrivant dans un sombre nuage et en atterrissant sous les yeux du peuple dans un décor fait de « tonnerres et de flamboiement des éclairs ». Dans cette alliance exprimée dans les versets 4 à 6 du chapitre XIX de l’Exode, Dieu exige d’Israël l’obéissance stricte et exclusive à ses commandements et s’engage, en contrepartie, à faire d’Israël son peuple exclusif parmi toutes les nations et « un royaume de prêtre et une nation sainte ».

À travers les termes utilisés dans cette alliance, les auteurs de l’Exode nous présentent l’image d’un Dieu qui cherche à établir un royaume fait d’un peuple saint reconnaissant la souveraineté du Dieu, craignant sa colère et se soumettant inconditionnellement à ses lois, à ses ordonnances, à ses prescriptions et à ses commandements.

Dieu avait fait ses preuves de divinité digne de foi en faisant sortir le peuple d’Israël du joug de l’esclavage en Égypte, en lui procurant la manne, en lui offrant l’eau potable et en le protégeant contre ses ennemis. Dès lors, Dieu se présente dans le mont de Sinaï en tant que souverain qui s’arroge le droit d’établir ses lois de base que l’on connaît communément sous le nom du décalogue ou encore les dix commandements de Moïse. Parmi les dix commandements en question, la Bible fait figurer la loi du sabbat que régissent les versets 8 à 11 du chapitre XX de l’Exode. Elle s’applique indistinctement aux israélites, à leurs esclaves, aux résidents étrangers et aux animaux sous peine de mort. Le verset 15 du chapitre XXXI de l’Exode nous claire à ce sujet lorsqu’il stipule sans ambages ce que suit : « Quiconque fera du travail le jour du sabbat sera vraiment mis à mort. »

Dès lors, le sabbat institué par le créateur au lendemain de la création de l’univers sera appliqué aux fils d’Israël pour la première fois et par la force de la loi du décalogue. Les versets 32 à 36 du chapitre XV du livre des Nombres nous livrent une illustration de la transgression de la loi et de la sanction qui lui a été réservée. Il y est dit que les fils d’Israël avaient trouvé dans le désert un homme qui ramassait le bois au jour du sabbat. Ils l’ont alors mis à mort en le criblant de pierres à l’extérieur du camp sur ordonnance du Dieu de Moïse. Le génie biblique ira même jusqu’à imposer, dans le cadre des décisions judiciaires, une forme de sabbat qui s’applique aux esclaves hébreux et à la culture de la terre que l’on connaît communément sous le nom de l’année sabbatique. Il s’agit de la décision judiciaire inscrite dans le verset 2 du chapitre XXI qui libère l’esclave hébreu après six ans de service et de la décision judiciaire inscrite dans les versets 10 et 11 du chapitre XXII de l’Exode qui prescrit le repos des champs agricoles pour une année après six années d’exploitation.

Il n’est de cesse de rappeler que le livre de l’Exode nous révèle un Dieu agissant comme un roi installé provisoirement au mont de Sinaï en attendant de l’emporter sur ses ennemis qui squattent ses territoires septentrionaux que personnifie le Jardin de Dieu. Le verset 31 du chapitre XXIII de l’Exode fait définir les limites de ce royaume par la bouche du Dieu qui s’adressait à Moïse en disant :

« Oui, je fixerai ta frontière depuis la mer Rouge jusqu’à la mer des Philistins, et depuis le désert jusqu’au Fleuve ; car je livrerai en votre main les habitants du pays, et, à coup sûr, tu les chasseras de devant toi. »

 

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Mythes Fondateurs de l’Islam entre le Coran et la Bible

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MOÏSE ET LE JARDIN D’ÉDEN (4/4)

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Quant aux Chaldéens, le Livre de la Genèse les présente comme étant des ennemis et oppresseurs d’Abraham dans la guerre des neufs rois que nous aurons l’occasion d’évoquer à travers de la mise en œuvre de la figure d’Abraham sur les traces du mythe du Jardin d’Éden. En outre, le verset 10 du deuxième Livre des Rois présente les chaldéens comme des ennemis d’Israël qui ont ravagé Jérusalem en leur qualité d’alliés militaires au roi de Babylone. À cet effet, le verset précité nous informe que « toutes les forces militaires des Chaldéens, qui étaient avec le chef de la garde personnelle [du roi de Babylone], abattirent la muraille de Jérusalem, tout autour ».

Ces données de nature historiques reflètent l’image d’un pays de rêve des Israélites situé à mi-chemin entre l’Euphrate à l’Orient et le Nil à l’Occident et qui fait l’objet de convoitises de la part d’un ensemble de pays ennemis venant de l’Orient. Pour pouvoir imaginer le mythe du jardin d’Éden, Moïse auquel la tradition hébraïque attribue la rédaction de la Genèse devait connaître non seulement l’espace géographique du monde antique et la généalogie des peuples mais également les récits de l’histoire qui lui sont antérieurs et ceux de l’histoire qui lui sont postérieurs. Ainsi, Moïse devait-il connaitre aussi bien l’histoire des personnages bibliques qui lui sont antérieurs comme Noé que l’histoire des personnages qui lui sont postérieurs comme le prophète Balaam que l’on retrouve dans un récit relaté dans les chapitres XXII à XXIV du Livre des Nombres ? Sur ce point, Émile Ferrière, nous fait rappeler cette dichotomie dans son ouvrage en notant ce qui suit :

« L’épisode de Balaam (Nombres, XXII, XXII, XXXIV) suppose l’absence de Moïse. Or, l’épisode de Balaam appartient au livre de Guerres de Jéhovah, c’est-à-dire aux anciens témoignages. »

Sur le même sujet, Guy Rachet nous enseigne à son tour que :

« Le narrateur biblique a repris à son compte une tradition datée, selon une inscription de Deir-‘Allâ, des environs de l’an 800 avant Jésus-Christ, à l’époque de la floraison du royaume de Juda, qu’il a reportée quatre ou cinq siècles plus tôt. »

Outre sa critique mettant en exergue la confusion dans l’esprit du rédacteur du récit de l’épisode du prophète Balaam, Émille Ferrière, nous fait révéler une autre absurdité dans le Pentateuque dont la rédaction est attribuée à Moïse. Il s’agit du récit du chapitre XXI de la Genèse qui relate une alliance de paix conclue entre Abraham et le roi des Philistins alors qu’Abraham avait existé avant l’arrivée des Philistins dans le pays de Canaan. De telles absurdités historiques relevées dans le Pentateuque de Moïse nous renvoient donc à la problématique de l’histoire de l’écriture et la rédaction de la Bible.

Nous savons d’emblée que l’écriture n’a existé qu’à une date postérieure à l’époque de Moïse et que la Bible n’a été compilée et mise en forme que vers le VIème ou le Vème siècle avant Jésus-Christ. Comment peut-on alors considérer les légendes brodées autour de Moïse comme étant véridiques si la Bible n’a été mise en forme que quelques siècles avant Jésus Christ et que l’écriture n’a existé en Israël que plusieurs siècles après l’époque de Moïse?  À cet effet, Renon Ernest souligne dans une note de bas de page, – en marge de son commentaire sur la bataille de Raphidim relatée dans le chapitre XVII de Livre des Nombres –, que « l’écrire en Israël est postérieure à Moïse de trois à quatre siècles » tout en concluant que « les siècles sans écritures n’engendrent et ne transmettent que des fables. »

Il est donc difficile d’admettre les légendes brodées autour de Moïse à moins que l’on soit aveuglé par la foi. En effet, outre les contes des dix plais de l’Égypte, le récit biblique du chapitre XIV de l’Exode s’efforce de nous faire croire que Moïse avait fendu les eaux de la mer Rouge et qu’il s’est frayé ainsi un chemin ayant permis au peuple israélite de traverser la mer en marchant sur une terre ferme.

Or, la lecture de la Bible nous révèle que ce mythe de séparation des eaux pour se frayer un chemin a été utilisé à plus d’une fois dans les récits bibliques. On le retrouve dans le récit des chapitres III et IV du livre de Josué où il est dit que les eaux du Jourdain ont miraculeusement été coupées permettant ainsi aux prêtres transportant l’Arche de Jéhovah de traverser sans se mouiller les plantes de leurs pieds.

Nous retrouvons, encore une fois, un récit similaire dans le chapitre II du deuxième Livre des Rois où il est dit dans le verset 14 que « Élisha frappa les eaux et celles-ci se partagèrent d’un côté et de l’autre, de sorte qu’Élisha passa ».

Pour comble, au terme du conte hagiographique de Moïse, l’auteur du texte biblique nous annoncera dans les versets 5 à 7 du chapitre XXXIV de Deutéronome la mort énigmatique de Moïse au pays de Moab, à l’âge de 120 ans, et nous fera croire sans sourciller que c’était Dieu lui- même qui a enterré Moïse et que personne n’a jamais connu sa tombe à ce jour !

Au vu de ces absurdités bibliques, il y a lieu de se demander si Moïse avait vraiment existé et s’il a vraiment écrit la Genèse et les quatre autres livres de la Thorah !

LA PROCHAINE SÉRIE PORTERA SUR :

  « LE MYTHE DU JARDIN D’ÉDEN »

À SUIVRE…

 

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MOÏSE ET LE JARDIN D’ÉDEN (3/4)

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Le versets 7 à 10 du premier chapitre de l’Exode résument la situation politique du peuple juif en Égypte en nous informant que le roi égyptien voyait dans l’accroissement de la population israélite un danger pour l’Égypte et qu’il estimait que les fils d’Israël se rallieraient à l’ennemi en cas de guerre et qu’ils s’enfuiraient hors du pays.

À regarder de plus près, les versets bibliques précités ne semblent incriminer que le roi de l’Égypte et non pas les égyptiens. Cela semble se confirmer dans le verset 3 du chapitre XI de l’Exode qui nous révèle que le peuple d’Israël trouva faveur aux yeux des Égyptiens. De plus, le même verset nous fait savoir que « l’homme Moïse était très grand au pays d’Égypte, aux yeux des serviteurs de Pharaon et aux yeux du peuple ».

En sus de ce qui a été évoqué au sujet de la faveur des fils d’Israël aux yeux des égyptiens et du poids de Moïse dans la cour du Pharaon, les versets 37 à 39 du chapitre XII de l’Exode ne manquent pas de mettre en valeur le poids du peuple israélite soumis à l’esclavage en nous le présentant comme une force politique et militaire associée à un immense conglomérat de peuples mêlés.

Ces versets nous laissent entendre que cette confédération de peuples a été invitée à quitter l’Égypte sans délais tout en étant autorisée à apporter avec elle l’ensemble de son bétail et de son cheptel. Jetant un brin de doute sur la véracité de ce récit biblique en rapport avec le bétail et le cheptel, Émile Ferrière s’interroge dans « Les Mythes de la Bible » sur « la manière incompréhensible dont ont pu se nourrir les grands troupeaux que le Hébreux avaient emmenés d’Égypte et qu’ils ont traînés avec eux au désert » sachant que les Hébreux se plaignaient eux-mêmes du manque d’eau et de la nourriture dans le désert.

Mais, il n’empêche que le texte biblique nous laisse entendre que c’est dans un contexte de révoltes et d’affaiblissement du pouvoir central que les fils d’Israël ont pu quitter l’Égypte sous l’égide de Moïse sans être sérieusement inquiétés par des forces armeés hostiles dont celles des philistins qui se trouvaient sur la côte méditerranéenne comme le laisse entendre le verset 31 du chapitre XXIII de l’Exode. Mais, pour éviter de rencontrer les troupes militaires qui pourraient se trouver sur la route côtière allant de l’Égypte vers le pays de Canaan, Moïse opta pour le chemin du désert en attendant une opportunité favorable pour s’en prendre par les armes au pays de rêve qu’est « la Terre promise » aux ancêtres des fils d’Israël.

Malgré ces épreuves difficiles éprouvés par les Israélites dans le cadre de leur esclavage en Égypte, la Bible ne semble pas abhorrer l’Égypte et ses idoles — avec autant de fermeté et de vigueur — comme elle abhorre les pays de l’Orient et leurs idoles. En effet, l’Ancien Testament en tant qu’ensemble de livres des Israélites regorge de récits mettant en relief les conflits entre le pays des fils d’Israël et les grandes puissances de la place. Dans ces récits, les israélites dégagent une hostilité manifeste à l’égard des grandes puissances de l’Orient dont notamment les Chaldéens, les Assyriens et les Babyloniens. En ce qui concerne les petites puissances limitrophes, la Bible adopte une attitude différente qui rappelle celle des frères ennemis. Nous aurons l’occasion d’y retourner.

La Bible, en tant que porte-voix des israélites, rejette donc les nations des grandes puissances de l’Orient et abhorre leurs idoles. La Bible rejette également l’Égypte et ses idoles mais non pas avec autant de colère et de haine qu’elle éprouve à l’endroit des empires de l’Orient dont notamment l’empire Babylonien. En somme, la Bible reconnait les faveurs de l’Égypte sur les fils d’Israël. N’oublions pas que c’est de l’utérus égyptien que le peuple d’Israël est sorti et que c’est à l’Égypte que Jacob et sa maisonnée ont été accueilli. C’est aussi à l’Égypte que Jésus et ses parents ont trouvé refuge au moment de détresse.

De même, la Bible reconnait que l’Égypte a aidé le roi Salomon à établir son autorité sur l’ensemble du pays et que le pharaon a acquiescé à donner sa fille au roi en symbole de son amitié et de son soutien. À l’inverse, les Assyriens et les Babyloniens ont envahi le pays d’Israël et humilié les fils de ce pays. Les forces de Neboukadnestar, roi de Babylone, ont ainsi détruit Jérusalem, incendié la maison de Dieu et exilé les notables israélites. Le ressentiment à l’endroit de Babylone est résumé dans le verset 5 du chapitre XVI du Livre de l’Apocalypse qui en dit long en ces peu de mots de haine et de colère : « Babylone la Grande, la mère des prostituées et des choses immondes de la terre. »

Quant aux Chaldéens, le Livre de la Genèse les présente comme étant des ennemis et oppresseurs d’Abraham dans la guerre des neufs rois que nous aurons l’occasion d’évoquer à travers de la mise en œuvre de la figure d’Abraham sur les traces du mythe du Jardin d’Éden. En outre, le verset 10 du deuxième Livre des Rois présente les chaldéens comme des ennemis d’Israël qui ont ravagé Jérusalem en leur qualité d’alliés militaires au roi de Babylone. À cet effet, le verset précité nous informe que « toutes les forces militaires des Chaldéens, qui étaient avec le chef de la garde personnelle [du roi de Babylone], abattirent la muraille de Jérusalem, tout autour ».

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MOÏSE ET LE JARDIN D’ÉDEN (2/4)

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L’immigration d’Abraham de la ville Our des Chaldéens au pays de Canaan et l’installation de Jacob et de sa maisonnée au pays de Goshen en Égypte devaient s’inscrire dans le cadre de la stratégie de domination des Hyksos sur cette grande partie du monde de la haute antiquité allant de l’Euphrate au Nil. Nous aurons également l’occasion de revenir sur le récit de l’installation de Jacob et de sa maisonnée dans le pays de Goshen en Égypte en rapport avec les mythes fondateurs du Jardin d’Éden et de la Terre promise.

Pour barrer militairement la route aux tentatives d’invasion de leurs ennemis du Nord, les Hyksos ont fortifié l’Isthme de Suez qui relie l’Asie à l’Afrique en transformant la ville Ha- ouar – également connue sous le nom de « Avaris » – en une garnison militaire servant de base de formation et d’entrainement de deux cent quarante mille soldats. Leur force militaire leur permettait non seulement de sécuriser leurs frontières septentrionales mais également et surtout de mettre fin à plus de deux cents ans de résistance des princes de Thèbes et anéantir leur XVème dynastie. Dès lors, les Hyksos ont fondé la XVIème dynastie égyptienne et régné en maîtres absolus de l’Égypte.

Après une période de plus de cent cinquante années de guerre d’indépendance, les thébains parviennent à repousser les rois-pasteurs vers Memphis et à fonder la XVIIème dynastie égyptienne mettant ainsi fin à plus de six siècles de domination des Pasteurs. À la cinquième année du règne d’Ahmès 1ier, fondateur de la XVIIIème dynastie, les égyptiennes réussirent à s’emparer de Ha-ouar et à repousser les Pasteurs vers la Syrie ouvrant ainsi la voix à une ère d’expansion de l’empire égyptien vers l’Éthiopie au sud, la Lybie à l’ouest et, au nord, vers la Syrie jusqu’au royaume de Chaldée.

Dans ce cycle de lutte pour la domination entre les grandes puissances en place à l’époque de la haute antiquité, les Pasteurs avaient établi leur domination de l’Euphrate au Nil et les Égyptiens avaient pris leur revanche, par la suite, en étendant leur domination du Nil jusqu’à l’Euphrate. L’enjeu géopolitique de la haute antiquité se jouait ainsi dans les limites géographiques allant de l’Euphrate au Nil et du Nil à l’Euphrate mettant aux prises l’Égypte, au Sud-Ouest, et les grandes puissances de l’Est. Dans ce cadre géopolitique, le pays de Canaan se présente comme une zone tampon entre l’Égypte et les puissances de l’Est du fait de son emplacement géographique stratégique reliant l’Asie à l’Afrique. À cet égard, les auteurs de l’ouvrage intitulé « Les Guerres bibliques » nous rapportent que le pays de Canaan avait fait l’objet d’une invasion égyptienne lors d’une campagne militaire conduite par Uni, le général du pharaon Pépi 1ier, au cours du XXIVème siècle avant Jésus-Christ. En commentant cet évènement qu’ils rapportent à partir d’une inscription sur la tombe du général Uni, les auteurs de l’ouvrage en question nous précisent que « la campagne d’Uni précède de mille ans l’installation des Israélites dans ce qui est devenu la province égyptienne de Canaan. ».

La fin de la domination des koushites sur l’Égypte et la reprise du pouvoir par les égyptiens n’a pas mis fin à la présence des israélites dans le pays mais elle a soumis les fils d’Israël au statut de peuples soumis à l’esclavage sous l’autorité de la XVIIème dynastie égyptienne. Il semble que les fils d’Israël avaient préféré le statut d’esclavage au retour hasardeux au pays de l’Orient, mais, la situation est devenue plus contraignante et plus servile tant pour les fils d’Israël que pour l’ensemble des peuples soumis à l’esclavage entrainant, après coup, des révoltes concomitantes avec l’affaiblissement du pouvoir central de la XIXème dynastie égyptienne.

Dans « Les Guerres bibliques », les auteurs de l’ouvrage présentent la situation des fils d’Israël en Égypte sous ces termes :

« Après cette reconquête [de Canaan par l’Égypte], les tribus hébraïques vivant en Égypte y demeurèrent des étrangers suspects de sympathie avec les derniers Hyksos installés sur des points de résistance en Palestine [lire pays de Canaan] et en Syrie, et de certains autres groupes non égyptiens du Nord. Ils devinrent ce qu’un planificateur militaire du XXème siècle appellerait ‘’ un risque potentiel permanent pour la sécurité’’. »

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MOÏSE ET LE JARDIN D’ÉDEN (1/4)

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La Torah ouvre le bal avec le mythe du Jardin d’Éden qui débouche, à son tour, sur le mythe de « la Terre promise » et qui aboutit par la suite à l’épopée de l’exode et à la conquête du « Jardin d’Éden ».

Le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise » se confondent et se révèlent donc au cœur même de la Torah tout en demeurant intimement liés au destin et au salut des fils d’Israël dans le cadre du mythe d’une alliance qui fait du peuple élu l’armée terrestre du Dieu d’Israël en juxtaposition avec l’armée céleste du Dieu.

La sortie des fils d’Israël de l’Égypte vers la « Jardin d’Éden » a servi de prétexte à la tradition israélite pour attribuer à Moïse la paternité la Torah qui laisse entrevoir des liens mystérieux entre le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise ». En fait, les liens entre ces deux mythes bibliques ne sont perceptibles qu’à travers une lecture minutieuse des livres de la Torah qui mettent en avant la scène du Jardin d’Éden pour passer, par la suite, de l’épisode des patriarches transmetteurs du mythe de l’héritage de la terre promise à l’épisode de la constitution d’une armée de Dieu qui vise la récupération de « la Terre promise » renaissant des cendres du Jardin d’Éden.

Pour mieux dissiper les camouflages des textes bibliques et se donner les moyens d’élucider les talismans du hiatus intercalé entre le mythe du Jardin d’Éden et celui de « la Terre promise » dans la Torah, nous nous proposons de situer l’épisode de l’exode du peuple d’Israël dans son contexte historique et géopolitique. Cette démarche nous permettra de trouver une plateforme commune qui situerait aussi bien le Jardin d’Éden que la Terre promise et l’exode du peuple d’Israël dans un même espace géographique.

Historiquement parlant, l’immigration des fils d’Israël en Égypte s’inscrivait dans le cadre de l’invasion de l’Égypte, au cours du XVIIIème siècle avant Jésus Christ, par les Koushites communément connus sous le nom des Hyksos ou des Rois-pasteurs ou encore les Orientaux originaires de l’Asie occidentale. Les Hyksos sont des orientaux qui « se sont concentrés dans leur majorité, dès la plus haute antiquité, sur la rive occidentale et méridionale du golfe persique ». Ces orientaux constitués d’un groupement hétérogène de peuplades nomades se sont dirigés de l’Orient vers l’Ouest à destination de l’Égypte ruinant ainsi tous les pays qui se trouvaient sur leur chemin. Ils ont ainsi occupé la Syrie et le pays de Canaan au moment où l’Égypte sombrait dans le chaos de la guerre civile. Les auteurs du livre intitulé « Les Guerres Bibliques » nous apprennent, de leur côté, que « Les Hyksos avaient conquis l’Égypte en employant pour la première fois et sur une grande échelle le char de combat. »

Dans leurs souvenirs, les égyptiens gardaient des Hyksos l’image de peuplades nomades qu’ils qualifiaient de « barbares », de « voleurs » et de « pillards » aussi nombreux que les sauterelles. Nous aurons l’occasion d’évoquer la notion de l’Orient et des Orientaux en rapport avec le mythe du Jardin d’Éden et celui de la Terre promise. Mais retenons pour le moment que l’image peu reluisante que se faisaient les égyptiens des Hyksos venant de l’Orient est, curieusement, la même image que se feraient les fils d’Israël des orientaux qui les attaquèrent aux temps de Juges.

En maintenant la pression sur l’Égypte, les Hyksos finirent par envahir la Basse-Égypte et élire Memphis comme capitale à l’entrée stratégique du Delta du Nil. Cependant, comme le note Gaston Maspero, les Hyksos devaient faire face, d’un côté, aux conquérants élamites de la Chaldée et aux convoitises des Cananéens stationnées en Syrie au nord du Delta du Nil et, d’un autre côté, aux princes du royaume de Thèbes qui ont organisé la résistance au Sud de Égypte.

Les Élamites et les Cananéens cités par Gaston Maspero dans ce conflit géopolitique de la haute antiquité entre l’Orient et l’Occident du monde antique présentent un intérêt qui ne manque pas d’importance pour notre exploration des mythes fondateurs du Jardin d’Éden et de la Terre promise. Dans cette perspective, nous aurons l’occasion d’évoquer Élam dans le cadre de la guerre des neufs rois au cours de laquelle le patriarche Abrahama joué un rôle héroïque qui lui a valu la bénédiction de Melchisédech, le roi de Salem et prêtre du Dieu Très-Haut. Abraham y aurait joué le rôle d’un allié aux Hyksos contre les cananéens et les Élamites au cours de cette période de l’histoire de la haute antiquité.

De leur côté, les Hyksos ont favorisé l’immigration des sémites au pays de Canaan et en Égypte pour maintenir et renforcer leur pouvoir sur l’ensemble des territoires conquis. Les auteurs du livre intitulé « Les Guerres Bibliques » nous apprennent à cet effet que :

« Pour conserver leur emprise aussi bien sur l’Égypte que sur la zone de passage de la Palestine qui leur permettait le contact avec leurs cousins de la Syrie et de l’Asie Mineure, ils encouragèrent l’implantation des dits peuples cousins à la fois en Égypte et en Palestine. »

À SUIVRE ….

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